Terres de drasmal, Calar, 19 Eleinte de l'an 1372 du calendrier de Vaux
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Ma très chère Tàri,
Comme vous le voyez douce mère, je fais tout ce qu’il convient pour vous plaire en vous appelant par votre prénom. C’est
que je me languis si loin des notre… Et c’est crève-cœur que de guetter à m’en abîmer les prunelles les voiles sur l’horizon, espérant recevoir de vos nouvelles. Avez-vous reçu mes
missives ? Les trouvez-vous comme il faut ? Que voulez-vous que je vous conte de ce monde ci ? Vous vous portez bien ? Et que fait notre bon ami ? Toujours à courir la
lande ?... Je m’imagine à vos coté, respirant votre parfum si réconfortant… Ah je me demande ce qu’il m’a pris de vous écouter et me laisser bercer de vos songeries
délicieuses.
Je tue le temps comme je le puis… Moi qui rêvais de mystères terribles, de secrets irracontables et d’épopées
indicibles, me voici réduite à aller chasser le cerf pour glaner quelques piécettes… Mais je ne vais point me lamenter davantage très chère maman, car je suppose que c’est notre lot à tous que de
se griser de l’insondable nouveauté, avant de voir enfin la réalité dans toute l’étendue de sa trivialité ; c’est juste que c’est une expérience inaccoutumée pour moi, c’est sans doute ce
qui contribue à forger un caractère.
Comme je vous l’avais narré dans ma précédente missive, je n’ai pour l’heure point rencontrée ni frères ni sœurs de sang.
Les gens ici ne sont point surpris cependant que de croiser damoiselle aux oreilles pointues à iris jaune, et ce n’est point plus mal que de se fondre dans le paysage sans être soumis à quolibets
ou méfiance rédhibitoire. Je vois deux causes à ce phénomène : d’une part les autochtones, courbés par le labeur et la rudesse de l’existence ici n’ont point loisir à batifoler plus loin que
leur subsistance, et si l’on se montre à leur encontre discret, sans agressivité, et bien nous leur restons transparents, à mille lieux de leur préoccupations quotidiennes. D’autre part il y a
les aventuriers… Ils sont assez nombreux ici, attirés sans doute par des espérances de gloire et de fortune, et, de fait, cette engeance, habituée aux voyages a souvent connaissance déjà de moult
races et peuplades de Toril. Obnubilés qu’ils sont par leur désir de pillage et de rapines ils ne que peu enclins à d’autres discussion que préparations d’expéditions, ce qui au demeurant est
plutôt palpitant et change de l’ordinaire ; et joindre parfois l’un de ces groupes c’est un moyen pour moi de voyager et cartographier la contrée à moindre risque et récolter de
l’information… Le tout est de choisir d’honnêtes personnes, ou pour le moins, les moins malhonnêtes. Cette catégorie de baroudeurs est appelée à croître, chaque navire amenant sa cargaison
de ferraille et d’épées… Cela n’ira point sans quelques difficultés ni tensions avec la population locale, qui se trouve cependant, comme attendu, assez divisée à ce sujet… Il y a tout d’abord
ceux qui y voient un intérêt plus que certains : ce sont les aubergistes, les commerçants, les vendeurs à la sauvette, les chapardeurs et les mendiants de tous poils, toujours prêts à chanter les
louanges de l’aventure, et ceci sans n’avoir jamais bougé le cul de leur basse cour… Qu’importe du moment que cela emplit la bourse ! C’est là le pouvoir du goût du lucre. Ensuite, il y a
ceux qui voient dans ces vagues de hâbleurs et de braillards une calamité, risquant à chaque instant de faire basculer la contrée dans le feu et le sang, et pour qui, chaque raid de Gobelin est
consécutive à l’exaction d’aventuriers dégénérés, et la preuve donc du bien fondé de leur jugement : ce n’est ni tout à fait faux, ni tout à fait vrai, comme toujours, mais il est bien connu
que chacun, pour justifier son idéologie et ses valeurs, ne sélectionne et n’arrange que les faits qui lui permettent d’éviter tout ébranlement de son esprit… Il se trouve enfin des gens qui,
tout simplement, aimeraient plutôt rester entre eux, tranquilles, sans n’avoir à redouter le moindre changement, que celui soit objectivement bénéfique ou pas, là n’est pas la question :
l’ennemi c’est le changement ! Voilà, grossièrement peint, pour la population… Reste que je ne puis, chère mère, vous parler du sentiment à ce propos des autorités de la région car je ne me
suis point encore renseignée à ce sujet : grave manquement de ma part me direz-vous !... Je plaide humblement pour votre indulgence aimante, tant il est vrai que je n’ai point encore
entièrement digérée mon long périple pour accoster ici, et qu’il est par ailleurs si difficile pour moi de m’acclimater en cette île pleine de caillasse…
Je m’aperçois présentement que je devais vous décrire, avais-je promis dans ma précédente missive, le premier humain
croisée à Calar, mais je me rends compte que je fus trop optimiste, et que la feuille arrive à son terme… Vous avez déjà son nom, ce n’est pas si mal… J’ajouterai juste ici, faute d’espace, qu’il
se dit Tempusien… Mais j’y reviendrai…
Ecrivez-moi vite Chère mère, et que les vents vous guident…
Votre fille dévouée.
Laakën