Terres de Drasmal, Calar, 23 Uctar de l'an 1377 du calendrier de Vaux
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Mère,

J’ai fait le rêve étrange d’une brume tenace qui me serrait le cœur. Du ciel coulait l’acide et la lune ne m’apportait aucun réconfort. Il faisait si froid !..
Des ténèbres blanches m’enveloppaient et me coupaient du monde, pénétrant les tréfonds les plus reculés de mon âme. Egarée dans ce linceul je marchais à tâtons. Le vent filtrait au travers de mes vêtements, me glaçant jusqu’à l’os. Ma voix se perdait dans l’infini avec pour seul écho qu’une détresse abyssale. Puis, soudain il y eut ce mur ! Ces visages figés, saisis dans l’effroi. Ces corps tordus aux yeux exorbités ! Ils me regardaient ; ils m’appelaient et moi je me débattais, agitant les mains dans le vide et hurlant ma ferveur à Aerdrie, l’implorant de m’emporter dans les airs ! Mais le silence me répondait ; un bourdonnement affreux qui me déchirait les tympans. Et le mur avançait. Et les suppliciés tendaient vers moi leurs bras de pierre aux ongles rongés par la vermine. Ils voulaient m’étreindre, ils voulaient m’éteindre. Tout vacillait, tout se fissurait ; mon être se disloquait ! Je voulus les nier, fermer les yeux, mais je m’aperçu avec horreur qu’ils avaient mangé la couleur de mes prunelles ; que mes orbites étaient vides. Je me mis alors à hurler mais aucun son ne sortit. C’était trop tard, ils s’étaient immiscés partout dans mon crâne, y déversant des flots de larmes et de fiel !... Ils m’investissaient, ils me souillaient. Et plus ils me rongeaient plus je me sentais que mon esprit s’estompait… Il n’y avait plus rien à faire. Alors, vaincue je me suis laissée tomber dans l’abime…
Lorsque j’ai ouvert les yeux j’étais allongée sur une paillasse de la chapelle de Mont Noir. Le guérisseur était penché sur moi. Un peu derrière il y avait Durak, le Sieur du Cormyr et un autre qui se fait nommer l’anguille. Tout me revint alors… La crypte de Blockolm, les morts-vivants qui nous cernaient, leurs faces hideuses, leurs haleines spectrales, ce cliquetis d’os et cette avidité effroyable… La douleur. Puis le néant !
Ces aventuriers ne m’ont point abandonnés alors que c’eût été légitime dans de telles circonstances. Ils n’avaient de compte à ne rendre à personne et ils se sont embarrassés du fardeau de ce corps inerte aux oreilles pointues. Peut être les ai-je mal jugé. Je ne sais plus quoi penser. Je leur dois la vie…
Mère je n’ai pas le courage d’aller plus avant. Les mots s’embrouillent et la plume me tombe des mains.
Je t’embrasse.
Ta fille Laakën