Mère,
Mon exaltation est
retombée.
L'elfe charrié par la
mer pourrit au fond d'une fosse et je ne saurai jamais d'où il venait, ce qu'il était, ni comment il a succombé. Bouche cousue à jamais, il a emporté ses mystères dans la terre morne de ce vaste
galet du Sud.
La nuit est là. Tenace.
D'un noir plus noir que le noir. Elle essore son manteau sur mon coeur et s'engraine, impalpable, sur les sentiers que j'ai usés à force de les chercher. Las mes espérances sont restées vaines.
Point de frères ni de sœurs. Mère, tu m'as arrachée de nos terres pour me condamner à la solitude !
Les humains s'affairent
et bourdonnent. Le goût du lucre et la fascination pour le tranchant d'une lame sont les valeurs qu'il convient de cultiver ici... La gloire, la belle affaire ! Point de délicatesse ni de poésie.
Ma langue natale se dessèche, inutile au fond de mon palais. Ici, point de devenir, sauf à fixer l'abîme. S'y livrer bras ouverts, et être, pour une poignée de secondes, pareille à
l'albatros.
Mère, je me prends
parfois d'imaginer que je ne vis qu'un mauvais rêve ; que je vais m'éveiller, là auprès de vous sur les berges de notre lac ; et que je me réchauffe au soleil timoré filtrant au travers la brume
qui s'étire indolente à l'aurore.
Mère, tu m'as envoyée
au bout du monde pour m'y perdre.
J'ai cru que tu
poursuivais quelques buts secrets ; que les desseins D'Aerdrie agitaient les feuilles sous mes pas. La réalité, dans sa crudité est bien en deçà de ces fantasmagories de jeune
femme.
Mon âme comme un champ
de ruines.
Ta
fille.
Laakën.