Mardi 29 avril 2008

Terres de Drasmal, Calar, 03 Noctur, festin de la Lune de l'an 1377 du calendrier de Vaux
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Chère Mère,

Me voici à présent associée à des humains, dans une compagnie qui s’appelle « les Lames » ou quelque chose y ressemblant. Tu as bien lu douce mère. Inutile de relire ou de me sermonner ! A tes heures perdues tu as eu l’heur de pouvoir façonner une fille selon ton caractère. Point de Mal–heur ni de Bon–heur* donc. Juste la conséquence de ton éducation joyeuse – je pourrai même oser le vocable de débridé, voire d’amoral entendu comme il se doit dans le sens de libertaire. Bref je suis joueuse, insouciante et grave tout à la fois, inconséquente, piquante ou atone. Selon. Et si tu as voulu mettre dans mon nom un peu de sagesse, je sais bien que ce n’était que pour tempérer tes humeurs fantasques.  Ainsi sont les choses et n’y a pas à y revenir. Sans doute est-ce par désœuvrement que je me suis laissée prendre dans les mailles de cette association de prime abord incongrue, mais vois-tu la solitude ne m’étais plus tenable. Je n’ai trouvée, dans l’urgence, que cela pour me sortir de l’ornière. Et puis, à y regarder de plus près, les valeurs défendues par cette compagnie ne sont pas si antinomiques aux miennes. Camaraderie, esprit d’entraide, défense du bien, lutte contre les organisations maléfiques, telle le « Culte du Dragon » ou les « Mages Rouges », n’est-ce point là des préceptes qui vous agréent ? Certes je leur ai sans doute un peu extorqué lesdites valeurs, et sans doute que je force un peu le trait, car de fait nous n’avons point palabré sur ce qu’il convenait de classifier dans les organisations néfastes – je dois concéder même que le sujet n’a pas été frontalement abordé. Il n’empêche ! Sois fière Mère, car voici ta fille promue responsable de la diplomatie des fameuses « Lames de Drasmal» à la place d’un Mor indisposé  depuis un certain temps – pas un mort. Par ailleurs le tranchant de l’épée symboliquement me fait songer a mon Zamr¤. J’y ai vu là un signe supplémentaire pour me lancer dans cette affaire et je ne désespère pas d’associer au fer la poésie qui manque si cruellement en ces terres ; et à la force brute ou retorse ce supplément d’âme qui conduits aux actions justes.  

A ce stade de mon propos, Mère je me doute bien que tu brûle d’impatience de savoir qui sont donc les fiers aventuriers qui s’enorgueillissent du titre de « Lames de Drasmal ». Pour donner dans le lapidaire : Ils en sont rendus à ce jour à la portion congrue. Deux individus. Cled et Pers. Les autres ne sont pour moi que des noms, d’hypothétiques ombres sans consistance tangible. Ce qu’il convient de savoir c’est que cette guilde est l’émanation de celle que j’ai connu jadis ici même, et qui se trouvait sous férule d’un dénommé Phael dont j’ai déjà dû te brosser les traits. Je ne me souviens plus si je te l’ai dit mais Cled est son fils, un fils qui tient en fort piètre estime son géniteur, ce qui démontre un certain bon sens - bien qu’il me soit avis qu’ils se ressemblent par moult aspects. Mais ça fort évidemment je le conserve par devers moi. Pers quant-à lui, que j’avais gratifiée du sobriquet d’Ours dans une précédente correspondance, il a la langue plus déliée que par le passé, et se laisse parfois aller à la confidence. C’est au final une personne pragmatique ayant une influence salutaire sur son compagnon d’arme. L’un comme l’autre, ils ont faiblesses et défauts inhérents à leur race, mais ils ont cette manière droite et sans détour de dire – et faire - les choses qui en font des personnes fréquentables. En d’autres termes, pour être tout à fait juste, je me dois de te concéder, Mère, que j’aime plutôt bien ces deux humains.  

 

Il ne me reste hélas que fort peu de place pour te dire que nous avons menés à bien sans trop d’encombres notre première mission -  qui consistait à mener Dame Iria, à Calar.

Je ne manquerai point chère Mère de te conter mes prochaines aventures.

Ta fille Laaken.

 
*Avoir l'heur de signifie « avoir la chance de », « avoir le bonheur de », « avoir le plaisir de ».

En ancien français, il s'est écrit sous les formes oür, aür, eür, puis, à partir du XVe siècle, on l'a écrit heur, sous l'influence du mot heure (dérivé du latin hora, mot désignant une unité de temps). Il signifiait alors « chance » (bonne ou mauvaise) et on précisait au besoin la nature de cette chance : bon heur, mal heur. De là viennent nos mots bonheur et malheur. Des expressions homophones existaient également avec le mot heure (bonne heure, male heure), ce qui peut avoir contribué à la confusion entre heur et heure.

Source : http://www.druide.com/points_de_langue_25.html


** Instruments traditionnels reposant sur le principe de l'anche (petite languette taillée généralement dans le roseau qui est mise en vibration par le souffle).

 

par Axel Evigiran publié dans : Missives de Laakën à sa mère
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